Le Cirque Barnum en France
Il y a presque cent ans, en 1902, le cirque Barnum et Bailey tournait en France . Voici un article de la dépêche du midi qui relate son arrivée à Toulouse le 15mai 1902 .

Arrivé hier matin 15 mai à Toulouse, avec un retard de 4 heures sur l'horaire prévu, retard imputable au chemin de fer, le cirque barnum bailey a pu cependant donner dans cette journée les 2 représentations annoncées au programme. Les premières voitures ont pénétré dans la prairie des filtres vers 6 heures du matin. Quelques heures plus tard, les parcs étaient établis, les tentes dressées, les animaux logés, et l'immense cirque lui-même était aménagé avec ses gradins, ses loges, ses agrès, ses scènes, ses pistes multiples avec son outillage et son mécanisme si varié, si compliqué et si simple à la fois. Cela tient vraiment du prodige,. Mais aussi quelle savante organisation, quelle entente du commandement, de l'effort, de l'action. Tout le travail d'installation s'accomplit méthodiquement sans hâte, sans à coup en silence, au sifflet, sous l'œil vigilant et sagace de deux ou trois contremaîtres et la direction supérieure d'une sorte d'ingénieur. Tout est réglé prévu, concerté de manière à marcher vite et bien, à gagner du temps : time is money.

Bref en dépit de tous les obstacles, le cirque barnum était prêt à ouvrir ses portes à une heure et demie de l'après midi et la foule énorme qui s'y précipitait pilotée par un personnel obligeant et nombreux, guidée aussi par des sergents de ville et des gardes municipaux, qui assuraient au dehors le service d'ordre, la foule disons nous a pu pénétrer dans l'enceinte et se caser sans le moindre incident.

L'entrée peut s'effectuer d'ailleurs par petits paquets et la sortie s'opérer sans inconvénient d'aucune sorte.

Quant au spectacle lui-même il est réellement étourdissant. Ce n'est pas un spectacle c'est deux, c'est quatre, c'est six spectacles qui s'exécutent en même temps sur les trois scènes et les trois pistes du cirque sans compter par surcroît les agaceries, les farces, les jongleries de toutes sortes opérées par une armée de clowns habiles à divertir leur public. La belle ménagerie qui précède l'entrée de la salle au cirque (employons ce mot tout de même) et où se fait aussi l'exhibition des phénomènes et "prodiges" humains, pour parler la langue de mm barnum et bailey, vaut à elle seule le voyage à la prairie des filtres. Les affiches ne mentent pas il y a là une foule de choses intéressantes et rares, tous les produits avariés et bizarres de l'espèce humaine y fraternisent et s'y coudoient. Et le visiteur peut à son aise y admirer la plus complète collection d'animaux qui se puisse rencontrer en un tel lieu. Le programme des représentations, à deux heures l'après-midi et à huit heures le soir, comprend quinze numéros plus captivant les uns que les autres. On les trouve fidèlement décrits dans la brochure spéciale, et seule authentique vendue au prix de 25 centimes par l'administration du cirque, brochure qu'il ne faut pas confondre avec les prospectus roses, blancs ou bleus que d'ingénieux camelots vendent un peu partout en ville, dans les rues, aux stations de tramways, sur le pont etc. , pour la plus grande confusion de ceux qui s'y laissent prendre.

Il serait beaucoup trop long de passer en revue dans ce rapide compte rendu chacun des numéros exécuté au cirque. Mais nous nous faisons un plaisir de signaler tout particulièrement le travail des écuyers et des écuyères, les jeux des éléphants, les courses des chiens, des chèvres, des cochons, les exercices aériens, le globe automatique, les échelles japonaises, les curieuses gravitation de la boule fantôme, les remarquables créations sur trapèze volant. Et surtout nous accordons une mention spéciale à la plus imposante représentation de chevaux dressés qui ait jamais eu lieu dans un cirque. Que l'on s'imagine soixante dix chevaux de toute taille, de toute race, de toute robe disposés en cercles concentriques, guidé par un cheval, et par son cavalier, venant se regrouper avec une docilité parfaite, et se former en pyramide. Toutes les bêtes sont richement harnachées; à la base du piédestal , elles se cabrent d'abord mais elles consentent à en faire l'ascension, jusqu'au point le plus élevé. Puis on voit les chevaux trotter sur le bord inférieur de la pyramide, s'arrêter, retourner en arrière, reprendre leur course dans un continuel mouvement giratoire. C'est une vision féerique en vérité et c'est aussi le triomphe de l'art du dressage qui vaut à celui qui l'a obtenu, Mr W Ducrou, des salves ininterrompues d'applaudissements. Il convient encore de citer l'audacieuse et extraordinaire descente en bicyclette opérée par Mr Walter LOWE sur une échelle de bois dressée à une hauteur vertigineuse . Apres un superbe travail de haute école et de haute voltige et le remarquable stade hippodrome de Mme Minnie Johnson, le spectacle se termine par une série de grandes courses d'hippodrome et de championnats qui reconstituent tous les genres de sports pratiqués depuis les grecs et les romains jusqu'à nos modernes jockeys de course.

Conclusion : le cirque Barnum-Bailey paraît vouloir tenir toutes ses promesses.

 

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